Petite précision utile à propos du jeu "Raconte-moi un curry" initié par Dorian et Véronique : il s'agit de préparer un plat indien, un curry ou un autre plat, et de le publier chez vous avec pour accompagnement une petite histoire indienne, quelque chose qui raconte votre plat, ou une rencontre, un film, une épice, etc. Parlez-nous de l’Inde et passez le relai !…


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    Bonjour… Excusez-moi, je… Soyez indulgent, je ne suis pas très coutumier des lieux. J’ai beau parcourir son blog, cela m’intimide drôlement de me tenir là devant vous dans une cuisine aussi colorée et chaleureuse que celle de Charline. Je vous assure qu’il règne ici un tel dépaysement que… Oui, j’ai bien cru tout à l’heure, en mettant le pied pour la première fois dans cet antre fantastique, que j’avais été téléporté, tels le Capitaine Spoke, au cœur du cœur du Kérala, tout là-bas, à l’extrémité sud de l’Inde. S’il n’y avait eu cette fraîche température assez peu ordinaire pour la saison, j’aurais pu m’y croire. Il y a de tels effluves dans cette pièce : j’y sens les épices à plein nez, la coriandre fraîche, le curry, le riz basmati. C’est le Kérala, je vous dis ! Mais non, point de Kérala, je suis à quelques encablures à peine de chez moi. Si je suis là aujourd’hui, peut-être est-ce que Charline est chez moi... Allo, Charline ? Tu t’en sors avec mes p’tis ziozios dans les pattes ?... Voyez, on s’est loupé de peu… Enfin, tout ça, pour ne rien vous cacher, c’est à cause d’un sacré lascar et d’une sacrée loustique. Ah, on a voulu me coincer ! Ah, on a voulu faire les malins ! Ah, on aime s’amuser aux dépens des aut’, à ce que je vois ! Et bien, allez-y, riez, riez, moquez-vous bien de moi, car je vais vous raconter un de ces curry que vous allez m’en dire des nouvelles, sauf que je le raconte pas chez moi ce curry, comme vous vous y attendiez, mais chez Charline, la plus indienne de nos blogueuses françaises ! Ouais, y’a pas que vous d’abord qui avez eu l’idée d’aller voir ailleurs si j’y suis… Et pis, un curry, y’en a d’autres qui sauront faire mieux que moi. Moi, je voudrais vous parler du plus grand choc culinaire de toute mon existence, lorsque j’ai mangé indien pour la première fois de ma vie…

 

Un jour, j’ai mangé ma sœur.

    Aussi incroyable que cela puisse paraître, je l’ai absorbé jusqu’à la dernière cuillère. Et c’était fameux. Ce jour-là, je dînais indien pour la première fois. Ou, plus exactement, je me souviens avoir ingurgité de la cuisine indienne pour la première fois ce jour-là dans un restaurant indien digne de ce nom. Cette première fois, au dessert, la bouche encore en feu par le curry Madras relevé que je venais d’engloutir malgré la raïta aussi douce que du lait hydratant pour les fesses de bébé, dans le restaurant indien, indopakistanais pour être plus précis, même si ce détail n’a absolument aucune espèce d’importance dans le cours de mon récit, ce jour là pour la première fois, j’ai cru que je mangeais ma sœur.

    Il paraît que c’est souvent ainsi lorsque l’on découvre pour la première fois le goût exubérant du sorbet à la rose et au lait de coco. Qui n’a pas éprouvé, même un bref instant, la sensation étrange de croquer une rose à pleine dent ou d’avaler d’un trait le flacon d’eau de rose ou le parfum à la noix de coco qui de sa fiancée, qui de sa mère, de sa grand-mère, tante, cousine, autres (préciser) ou, comme moi, de sa sœur, en avalant sa première cuillérée de sorbet rose/coco ?

    Un jour, donc, j’ai mangé ma sœur. Malgré le premier réflexe qui fut de recracher dans la coupelle ce que je venais de glisser dans ma bouche, et cela au mépris de toute correction qui aurait voulu que je n’effectue jamais un tel acte en un lieu public tel que celui-ci, une fois l’effet de surprise atténué et poussé par la curiosité et le caractère quelque peu morbide de la situation, pour faire finalement bonne figure auprès de ceux qui m’accompagnaient et des individus qui dînaient non loin de moi, je m’efforçai de poursuivre la dégustation de mon dessert.

    La seconde cuillère me décontenança tout autant. Un peu à contre cœur, je poussai des "ah" et des "oh" de satisfaction. Je n’assumais pas de manger ma sœur, je trouvais mon geste barbare et déplacé. Je regardais mon entourage, coupable. J’avais peur de croiser dans le regard des uns et des autres de l’indignation devant mon geste fratricide et cannibale. Mon cerveau en ébullition, mes papilles complètement désorientées par ces saveurs si nouvelles mais pourtant bien connues de mes narines, ne me permettaient plus de contrôler mes sens. J’étais la victime d’une soudaine et violente synesthésie : je croyais manger ma sœur, alors qu’il ne s’agissait rien de plus qu’une coupe contenant deux boules de sorbets, l’un à l’eau de rose, le second au lait de coco. Perdu dans mes pensées, je ne vis même pas que les sorbets avaient fondu, que mes compagnons s’étaient fait la malle sans régler leur part de l’adition, et qu’ils – les sorbets – ne formaient plus qu’un seul sirop. Coco… Rose… Coco… Rose… J’achevai ma coupe, je payai et m’enfuis de l’établissement, marchant à travers Paris, d’est en ouest, du nord au sud, espérant ainsi accélérer le cycle de ma digestion et oublier ce terrifiant repas !

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Sorbet Coco… Rose… Coco… Rose…

Ingrédients (pour 4 personnes)

25 cl de lait de coco ; 100 g de sucre en poudre ; 50 ml d’eau ; 3 à 5 CS d’eau de rose

Marche à suivre

    A la casserole porter le sucre et l’eau à ébullition, pour réaliser un sirop. Maintenez une légère ébullition pendant 1 minute. Retirez la casserole du feu et laissez refroidir. Pour accélerer le refroidissement du sirop, versez de l’eau bien fraîche dans l’évier et faites-y tremper le cul de la casserole. Changer l’eau si elle tiédit. Quand le sirop est froid, ajoutez le lait de coco et l’eau de rose. Mélangez jusqu’à ce que la préparation soit bien homogène. Faites-la prendre en sorbetière, puis dégustez…

    Si cela vous fait le même effet qu’à moi, vous aurez été prévenu !


    Maintenant, j’aimerais bien entendre d’autres histoires de curry, de cuisine indienne… Je ne sais pas vous, mais moi, je serais trop heureux de lire Suiksuik, Béa, Hélène et Annie.

Au boulot !

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